Un pré plein de moutons vaut pour la patience, la subsistance et l'appartenance, avec en dessous une question sur le fait de suivre le troupeau par choix.
Un pré plein de moutons compte parmi les tableaux les plus posés que le sommeil produise, et les lectures héritées vont dans le même sens : patience, subsistance, confort d'appartenir quelque part. Ce dernier point porte un second tranchant, car la même image sert depuis longtemps à demander si le dormeur suit le rythme du groupe parce qu'il le veut ou parce que c'est plus simple.
Quand le troupeau avance d'un bloc, le commentaire habituel parle de sécurité par le nombre et d'une période qui roule sans grand frottement. Une bête seule, séparée des autres, déplace complètement l'accent : on y voit d'ordinaire le dormeur qui remarque sa propre différence avec les gens autour de lui. Que cela tombe du côté de la solitude ou de l'indépendance dépend du sentiment laissé par le rêve, et le dormeur en est le seul témoin.
Les cultures paysannes gardaient plus de détails que les listes modernes. La tonte se lisait comme un renoncement en échange d'un revenu. La brebis et son agneau tenaient dans le vieux matériel sur le soin et le devoir. Le mouton perdu, dans ces sources, portait moins sur l'animal que sur la recherche, et il représentait généralement une chose dont le dormeur avait cessé de s'occuper.
En français, les moutons de Panurge ont fixé une autre idée, celle du suivisme, et elle vient de la littérature bien plus que d'un manuel de songes. Elle arrive souvent dans la tête avant toute lecture ancienne, ce qui vaut la peine d'être remarqué.
Reste le contexte. Pour qui a grandi dans une ferme de montagne, le troupeau, c'est du travail, du mauvais temps et des levers très tôt, pas de la douceur, et cette association l'emporte sur ce qu'un dictionnaire propose.


