Abri et profondeur dans une lecture, désorientation dans l'autre. Ce qui décide tient presque entièrement au fait de savoir ou non par où sortir.
Les contes ont laissé sur la forêt une empreinte que l'interprétation des rêves n'a jamais tout à fait effacée. Deux lectures opposées coexistent depuis des siècles : d'un côté l'abri, la profondeur, le lieu où l'on se retire ; de l'autre la désorientation et le sentier perdu. Ce qui tranche entre les deux tient presque entièrement à une question : savais-tu par où sortir ?
Le folklore européen plaçait le bois à la limite du monde connu, et les récits qui en sont sortis reposent tous sur le fait de quitter la trace. L'interprétation des rêves a repris cette structure telle quelle. Suivre un sentier entre les troncs passe pour un processus qui a une forme, alors que s'en écarter passe pour un entre-deux, coincé entre deux positions connues sans être installé dans aucune.
Les dormeurs décrivent la lumière avant tout le reste, et les interprètes s'en servent. Un sous-bois clair, avec du soleil qui passe, est associé au repos et à la récupération ; une végétation dense qui se referme au-dessus de la tête est associée à la pression et à l'impossibilité de voir ses options. Des branches nues en hiver et un couvert lourd en été donnent au même endroit deux lectures très différentes.
La forêt inquiétante est un héritage précis, pas un universel humain. Une personne qui a passé son enfance à marcher en forêt, ou qui travaille parmi les arbres, n'en rêve guère comme d'une menace, et plaquer la lecture folklorique sur ce dormeur produit du non-sens. C'est ce que les bois ont représenté au long de ta vie qui ouvre correctement l'interprétation.
Il vaut aussi la peine de séparer la forêt de ce qui s'y est passé. Bien des rêves ne font qu'y installer leur décor pendant que les événements portent tout le poids, et dans ce cas les fiches des animaux ou des gens rencontrés là serviront mieux que celle-ci.


