Rêver de rater un avion

Ce classique de l'angoisse parle moins de voyage que d'occasion refermée : une arrivée qui tombe juste après l'instant où il aurait fallu être là.

Peu de scènes sont racontées aussi souvent, en compagnie de l'examen et des dents qui tombent, et le personnel navigant la rapporte aussi volontiers que les gens qui prennent l'avion deux fois par décennie. La lecture habituelle ne concerne pas le voyage : un départ manqué figure une fenêtre qui se referme, une arrivée survenue juste après le moment qu'il fallait. La même suite impuissante revient d'un récit à l'autre, files interminables, terminal trompeur, horloge qui prend de l'avance.

Les morceaux dont on se souvient

  • La valise qui refuse de fermer. Les affaires se multiplient et rien ne rentre, ce que l'on rapproche d'obligations qui enflent toutes seules.
  • L'aérogare sans issue. Couloirs, tapis roulants, mauvaises portes : de l'effort qui ne fait avancer personne.
  • Billet en main, passeport introuvable. Associé au sentiment de ne pas être à la hauteur d'une chose à laquelle on t'invite pourtant.
  • Regarder l'appareil décoller sans toi. Version plus rare, souvent la plus paisible, reliée à une forme d'acceptation.

Du côté éveillé, et du tien

On raconte cette nuit-là autour des échéances, des candidatures, des mariages, des changements de poste, de tout ce qui porte une date fixe. Ce n'est pas une prédiction : c'est l'explication la plus simple disponible, et elle colle mieux que n'importe quelle autre, puisqu'un esprit occupé à répéter un événement chronométré fabrique des nuits chronométrées. Mal dormir la veille d'un départ matinal produit exactement la même chose, sans qu'aucune interprétation soit nécessaire.

Le détail utile, c'est ce qui te retient, parce que cela varie énormément d'un dormeur à l'autre alors que les lectures transmises, elles, ne bougent pas. Une version qui tourne toujours autour des embouteillages ne décrit pas la même chose qu'une version bloquée devant une file que l'on n'ose pas doubler. Et qui a vraiment raté un vol en le payant cher porte un souvenir plutôt qu'un symbole : c'est de là qu'il faut partir.

Personne, chez les interprètes sérieux, n'a jamais pris cette image pour une mise en garde contre un déplacement.

Questions fréquentes

Est-ce que je fais ce rêve parce que j'ai peur en avion ?
En général non. La peur de voler produit plutôt des scènes qui se déroulent en vol, et beaucoup de voyageurs parfaitement tranquilles racontent la version du départ manqué. L'angoisse porte ici sur le temps et sur le fait d'arriver, pas sur l'appareil.
Quelle différence avec le rêve d'être en retard ?
Les deux se recouvrent largement, mais un vol ajoute une limite qui ne se renégocie plus une fois franchie. On tient cet irréversible pour l'ingrédient supplémentaire, ce qui explique que la scène accompagne souvent les décisions qui paraissent définitives.

Rêves proches