L'image se lit traditionnellement comme un conflit trop grand pour qu'une seule personne le règle. Elle ne prédit rien, et une bonne part arrive tout droit des informations.
Commençons par ce que ce rêve n'est pas. Rêver de guerre n'annonce aucune guerre, et la tradition d'interprétation rassemblée dans ces pages n'a jamais su voir venir le moindre événement. Ce que l'image représente depuis longtemps, c'est un conflit d'une taille telle qu'une personne seule ne peut pas le régler, et elle se lit ainsi que ce conflit se trouve dans une famille, dans un travail, ou entièrement à l'intérieur du dormeur.
Une part énorme de ce décor arrive tout droit de la journée. Journal télévisé, films, jeux vidéo, longues discussions sur un conflit lointain : tout cela laisse un dépôt qui remonte la nuit chez des gens sans aucun lien personnel avec la situation. Les semaines de forte actualité sont suivies de plus de rêves de ce type. L'explication n'a rien de romanesque et elle est très souvent la bonne.
Cela demande d'être dit avec précaution, car pour certains lecteurs le sujet n'a rien de lointain. Une personne qui a vécu des combats, ou qui a servi, rêve peut-être de mémoire et non de métaphore. Ces nuits-là ne relèvent pas d'un dictionnaire : quand elles reviennent souvent ou laissent une vraie détresse au réveil, en parler à quelqu'un de qualifié vaut mieux que toute liste de symboles.
Les vieilles lectures s'intéressent bien davantage au rôle du dormeur qu'à la bataille. Se battre passe pour un engagement dans une lutte déjà commencée. Se cacher ou chercher un abri passe pour l'envie d'en sortir. Regarder de loin, à couvert, a longtemps été lu comme le fait de se sentir concerné sans aucun moyen d'agir, ce qui décrit assez bien la façon dont on suit de mauvaises nouvelles à distance. Se retrouver du côté qui perd est généralement rapporté à la fatigue, jamais à l'issue d'une situation réelle.
Une variante revient assez souvent pour être signalée : chercher un proche dans le désordre sans le trouver. Les interprètes y lisent le souci que l'on porte à distance, pas un pressentiment.
Les interprètes anciens accordaient une attention particulière à la fin d'une guerre rêvée. Une trêve, un accord signé, ou simplement un champ redevenu silencieux, ont été lus comme une réconciliation, tantôt avec une autre personne, tantôt entre deux moitiés du rêveur lui-même. Que cela te corresponde dépend de ce que tu as emporté avec toi en te couchant, et personne d'autre que toi ne peut le dire.


