Le gâteau apparaît rarement seul, il arrive avec une table, une pièce et d'autres convives, et la tradition ancienne lit l'image à travers les trois.
Le gâteau appartient aux occasions. Les recueils anciens partent tous de là : on en fait un pour un anniversaire, un mariage, un départ, si bien que l'image se lit traditionnellement comme la fête, la récompense, et une chose longtemps préparée qui arrive enfin sous une forme que l'on peut partager.
À côté de la version festive vit une vieille suspicion envers le sucre. Le gâteau n'est pas un repas mais un luxe, et les clés des songes rédigées dans des siècles plus maigres y voyaient une mise en garde contre le plaisir pris trop facilement, celui qui ne coûte rien sur le moment et quelque chose plus tard. Les deux versions ne s'annulent pas. Ensemble elles décrivent une image qui parle vraiment d'appétit et du confort que l'on éprouve, ou non, à le satisfaire.
Les interprètes regardent la découpe et le partage plutôt que la pâtisserie. Recevoir une part et rester debout pendant qu'on sert tous les autres se lisent très différemment : le premier comme l'appartenance, le second comme cette inquiétude ordinaire sur la place que l'on occupe dans un groupe. Le préparer soi-même passe souvent pour un effort fourni au bénéfice d'autrui, en particulier un effort que personne n'a remarqué. Un gâteau qui s'effondre, brûle ou finit par terre est rattaché depuis longtemps à un projet qui n'a pas survécu au réel, même si quiconque a tenté un fraisier un jour de canicule sait à quel point ce souvenir n'a rien d'extraordinaire.
Un symbole aussi domestique se fabrique presque entièrement avec de l'histoire personnelle. Le gâteau ne veut pas dire la même chose pour qui a vécu ses anniversaires d'enfance comme le plus beau jour de l'année et pour qui a traversé des repas de famille tendus, ou entretient depuis des années un rapport difficile avec la nourriture. Lis le rêve contre ta propre table avant de le lire contre une liste.


