C'est le scénario de rêve le plus rapporté qui soit, et les lectures les plus utiles partent non de la course mais de ce qui se trouvait derrière toi.
Cette scène arrive presque toujours après une période d'évitement : une conversation repoussée, une facture, une décision, un sentiment que l'on a réussi à ne pas regarder. C'est aussi le rêve le plus rapporté partout où l'on a pris la peine d'en recueillir, ce qui explique qu'il ait été autant commenté.
Les rêveurs remarquent souvent la coïncidence eux-mêmes dès qu'on la leur signale. La poursuite se concentre sur les jours où une chose a été remise à plus tard, et non sur les jours où une mauvaise nouvelle tombe. De là vient le conseil traditionnel attaché à l'image : regarder ce que tu refuses de te retourner pour affronter. Beaucoup racontent d'ailleurs que le rêve cesse une fois la chose réglée.
Celui qui court derrière toi n'est pas quelqu'un qui viendrait vers toi dans la vie réelle, et la scène ne préfigure aucun événement.
Le poursuivant porte plus de sens que la fuite. Une silhouette sans visage, un animal, un ancien conjoint, une foule, une présence jamais vue : chacun se lit autrement, et l'identification fait souvent tout le travail à elle seule. Ce que cette figure représente pour toi personnellement passe avant n'importe quelle liste générale.
Quand le dormeur se retourne et fait face, la plupart des interprètes tiennent ce moment pour le vrai centre du rêve, quelle que soit la suite.
Deux détails familiers ont une explication simple. Les jambes qui refusent d'avancer sont extrêmement courantes et correspondent au fait que le corps endormi est en grande partie paralysé pendant les rêves intenses : l'effort pour courir ne trouve rien contre quoi pousser. Se réveiller avec le coeur qui cogne relève de la physiologie ordinaire et non d'un détail à décoder. Ni l'un ni l'autre ne demande d'interprétation, et le savoir retire déjà une part de l'effroi.


