La partie de la garde-robe qui rencontre le sol, lue comme l'appui du dormeur : le rôle qu'il porte, et son degré de préparation pour la route restante.
Les chaussures sont le seul vêtement qui touche le sol, et toute lecture traditionnelle part de là. Elles figurent l'appui au sens le plus large : le rôle dans lequel le dormeur se déplace, le métier qu'il exerce, et le fait d'être équipé ou non pour la distance qui reste.
Ce sont les versions inconfortables que les gens racontent. Des chaussures qui ne vont pas disent une position prise qui ne convient pas, et le fait qu'elles serrent ou qu'elles glissent est jugé significatif. Les perdre en cours de route rejoint les images de perte de statut. Les pieds nus se séparent en deux. Dans certaines lectures c'est de la vulnérabilité et un manque de préparation, tandis que dans d'autres, là où retirer ses chaussures marque le respect ou le fait d'être chez soi, cela vaut pour de la confiance. Ce qui tranche, c'est la culture dans laquelle le dormeur a grandi.
Une paire neuve se commente comme un changement de rôle, et les vieilles listes ajoutent d'ordinaire une note sur la période pénible avant qu'elles soient faites au pied. Des chaussures bien usées portent le sens inverse, celui d'une activité pratiquée assez longtemps pour être devenue confortable, avec une remarque secondaire sur le moment de les remplacer. Les chaussures abîmées se tiennent entre les deux.
Porter les chaussures d'un autre vaut à peu près partout pour le fait d'endosser sa position, et le français dit déjà se mettre à la place de quelqu'un. Les interprètes demandent si la pointure était confortable, parce que c'est là que l'image travaille.
Peu d'objets transportent autant de classe sociale, de travail et de mémoire, donc ce que cette paire précise représentait pour toi passe devant toute généralité. Les chaussures d'un enterrement et celles achetées pour un premier emploi ne sont pas du tout le même symbole.


