Le second découpage du zodiaque range les signes selon leur place dans la saison : ceux qui lancent, ceux qui tiennent, ceux qui transforment en route.
Tout signe appartient à l'un des trois groupes appelés modalités : cardinal, fixe ou mutable. Le critère de départ n'est pas le caractère, c'est la place du signe dans sa saison. Un cardinal démarre le jour même où une saison commence, un fixe occupe le milieu, quand la saison est bien installée, un mutable couvre les dernières semaines, celles où la saison suivante s'annonce déjà.
Le zodiaque occidental se cale sur le trajet que le Soleil paraît parcourir au fil de l'année, et cette année compte quatre charnières. Deux équinoxes d'abord, autour du 20 mars et du 22 septembre, quand la durée du jour égale à peu près celle de la nuit. Deux solstices ensuite, autour du 21 juin et du 21 décembre, le jour le plus long et le jour le plus court. Le Bélier, le Cancer, la Balance et le Capricorne commencent exactement à ces quatre moments. Comme chacun ouvre une saison, on les dit cardinaux, du latin cardo, le gond sur lequel tourne une porte.
Le mois suivant correspond à la saison pleinement arrivée. Le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau y logent, ce sont les fixes. Le dernier mois, quand la lumière glisse déjà vers la saison d'après, revient aux Gémeaux, à la Vierge, au Sagittaire et aux Poissons, les mutables, du latin mutabilis, changeant.
Une précision honnête avant les portraits. Ce raisonnement saisonnier est celui de l'hémisphère nord, là où le système a été mis par écrit. Au sud de l'équateur, les saisons sont inversées alors que les groupes, eux, ne bougent pas d'un pouce. La réponse habituelle des astrologues est que ces catégories décrivent une succession, commencer, maintenir, lâcher, et non un bulletin météo.
Bélier, Cancer, Balance et Capricorne passent pour les initiateurs du zodiaque. Le point commun n'est pas l'énergie en général, c'est la disposition à bouger le premier, quand rien n'est encore tranché et que personne ne s'est engagé. Ce qu'ils ouvrent dépend de leur élément, autrement dit du groupe de trois signes (Feu, Terre, Air ou Eau) auquel chacun appartient : le Bélier lance une action, le Cancer un lien, la Balance un échange à deux, le Capricorne une construction destinée à durer plus longtemps que ceux qui l'ont montée.
Le reproche traditionnel est l'envers exact de la force. Beaucoup d'appétit pour les premiers mètres, nettement moins pour la longue partie centrale, une fois la nouveauté retombée et le travail redevenu du travail. Les fiches de ces quatre signes parlent volontiers d'un talent pour les débuts, accompagné d'une collection de chantiers laissés ouverts.
Taureau, Lion, Scorpion et Verseau portent la saison une fois qu'elle est lancée, et ils incarnent l'endurance. C'est le groupe associé au fait de continuer quand l'excitation est retombée, c'est-à-dire précisément à l'étape où la plupart des projets s'arrêtent sans bruit. Là encore, la teinte change avec l'élément : le Taureau maintient un confort et des habitudes, le Lion un rôle et les fidélités qui vont avec, le Scorpion un engagement au-delà du point où il reste agréable, le Verseau une position de principe même quand la salle entière proteste.
La critique attendue est l'entêtement. Un signe fixe qui a décidé se laisse difficilement retourner, et ce qui le rend sûr le rend lent à reconnaître qu'il a changé d'avis. On dit aussi qu'il confond parfois la fidélité à une décision avec la fidélité à lui-même.
Gémeaux, Vierge, Sagittaire et Poissons occupent la fin de chaque saison, ces semaines où plus rien ne tient en place, et on les lit comme les adaptateurs. Un cardinal est à son aise devant une page blanche, un fixe sur la longueur, un mutable à la reprise : il voit que les conditions ont changé et corrige avant que l'écart ne devienne un ennui.
Chacun s'ajuste à sa manière. Les Gémeaux vont chercher davantage d'informations, la Vierge reprend le détail qui cloche, le Sagittaire élargit le cadre jusqu'à ce que le problème paraisse petit, les Poissons épousent l'ambiance pour avancer avec elle. Le défaut annoncé est l'absence de ligne ferme. Poussée loin, la souplesse devient de la dispersion, et un plan peut être retouché pendant des mois alors qu'il aurait suffi de le terminer.
Trois modalités multipliées par quatre éléments donnent douze, et le zodiaque emploie chaque combinaison une seule fois. L'eau fixe ne peut désigner que le Scorpion, le feu cardinal que le Bélier, la terre mutable que la Vierge. Nommer le couple revient donc à nommer le signe, sans doublon et sans reste.
Les deux classements se lisent ensemble. L'élément dit la matière que le signe manipule, sentiment, matière concrète, idée ou action. La modalité dit l'étape du chantier où il se sent le mieux. Deux signes de feu peuvent se ressembler très peu dans les faits, parce que l'un allume et que l'autre entretient.
Sur la roue, les quatre signes d'un même groupe sont espacés de 90 degrés et forment un carré. Les auteurs francophones parlent pour cette raison de croix cardinale, de croix fixe et de croix mutable. Et aucune paire de signes ne partage jamais à la fois la famille et le groupe.
Pris seul, un signe possède une modalité et l'affaire s'arrête là. Le thème de naissance, qui répartit sur les douze signes le Soleil, la Lune et chaque planète à la minute où quelqu'un vient au monde, peut pencher franchement d'un côté, et ce déséquilibre parle souvent davantage qu'une position isolée.
Un thème chargé en cardinal est décrit comme une fabrique de commencements. Une dominante fixe se lit comme de la solidité avec un grand rayon de braquage. Une dominante mutable passe pour de la souplesse à court d'ancrages. N'avoir rien du tout dans l'un des trois groupes arrive souvent et se lit comme un registre emprunté à l'entourage, jamais comme une infirmité.
Reste à nommer l'outil pour ce qu'il est. Ces trois catégories forment un vocabulaire qui sert à parler de la façon dont une personne traverse un travail, à l'intérieur d'une tradition d'interprétation ancienne. Elles ne mesurent rien et ne prévoient rien. Comme langage, elles gardent leur utilité, parce qu'elles nomment un écart bien réel, celui qui sépare la personne brillante la première semaine de celle qui l'est encore au sixième mois.


