Six paires de signes se font face sur le cercle, à six mois d'écart dans le calendrier, et la tradition y voit un complément plutôt qu'un obstacle.
Sur le cercle du zodiaque, chaque signe en a un seul juste en face de lui, six rangs plus loin. Les astrologues nomment cet écart une opposition, parce que les deux places sont séparées d'un demi-tour, soit 180 degrés. Les six couples ne changent jamais : Bélier et Balance, Taureau et Scorpion, Gémeaux et Sagittaire, Cancer et Capricorne, Lion et Verseau, Vierge et Poissons. Un signe couvrant environ un mois, les deux anniversaires tombent à six mois d'intervalle, si bien qu'une naissance de début juillet répond à une naissance de début janvier.
Le mécanisme ne varie jamais. Une paire prend une exigence ordinaire de la vie, la coupe en deux moitiés également valables et confie une moitié à chaque bout de l'axe.
Aucune de ces six lignes n'oppose une qualité à un défaut. À chaque bout se tient une position défendable, et un désaccord installé sur un axe traverse vingt ans sans que personne l'emporte.
Avancer de six rangs ramène toujours sur un signe de la même modalité. La modalité est le classement qui répartit les douze signes selon leur façon d'aborder un travail : ceux qui lancent, ceux qui maintiennent, ceux qui font évoluer en cours de route. Bélier et Balance lancent, Taureau et Scorpion tiennent, Gémeaux et Sagittaire ajustent. Une paire opposée a donc le même tempo et préfère la même étape d'un chantier. Elle se dispute rarement sur la vitesse, presque toujours sur la destination.
Les éléments racontent la même histoire. Les quatre familles (feu, terre, air, eau) sont disposées de sorte qu'un signe de feu regarde toujours un signe d'air, et un signe de terre un signe d'eau. Une opposition ne met donc jamais le feu face à l'eau ni la terre face à l'air, et les deux mélanges qu'elle produit sont ceux que les vieux manuels jugent les plus faciles. Les planètes que l'astrologie ancienne donne aux signes comme gérant attitré dessinent la même symétrie, Mars face à Vénus pour le Bélier et la Balance, la Lune face à Saturne pour le Cancer et le Capricorne.
La figure se vérifie sans croire à quoi que ce soit. La Lune boucle son cycle de phases en 29,5 jours, et lorsqu'elle passe à l'opposé du Soleil vu depuis la Terre, sa face éclairée nous regarde entièrement : le disque paraît plein. Ce soir-là, elle occupe forcément le signe qui fait face à celui que le Soleil traverse, si bien que la pleine lune des semaines du Lion se produit dans le Verseau. Voilà pour la mécanique céleste. La lecture traditionnelle arrive ensuite, et seulement ensuite : elle voit dans cette nuit un aboutissement, le moment où ce qui a été commencé se voit enfin.
Pose la question autour de toi : le signe que les gens disent ne pas supporter est très souvent leur propre opposé. Aucune contradiction là-dedans, attirance et agacement sont le même ressort pris par l'autre côté. Les astrologues empruntent ici un mot à la psychologie, la projection : la moitié de l'axe que l'on s'interdit, on la reproche à celui qui l'assume.
Les griefs se répètent avec une régularité étonnante. Le Capricorne qui ne s'autorise aucun besoin trouve le Cancer collant, tandis que le Cancer, qui n'a jamais réclamé un merci, trouve le Capricorne froid et calculateur. Le Verseau juge le Lion trop occupé de lui-même, le Lion juge le Verseau plus à l'aise avec l'humanité en général qu'avec les gens en particulier. Chaque reproche vise juste, et chacun désigne la moitié qui manque à celui qui le formule.
La tradition classe pour cette raison l'opposition parmi les angles exigeants : il faut y travailler, mais il en sort quelque chose, alors que les angles confortables ne demandent rien et rendent peu.
Tout ce qui précède ne concerne que le signe solaire, celui que l'on annonce en se présentant. L'opposition est en réalité un angle entre deux points quelconques d'une carte du ciel dressée pour l'heure, le jour et l'endroit exacts d'une naissance, ce que l'on appelle un thème astral.
Chaque thème contient d'ailleurs son propre axe. En face de l'ascendant, autrement dit du signe qui apparaissait sur l'horizon est à l'instant précis où quelqu'un est né, se trouve le descendant, que la tradition rattache à la vie de couple. Un ascendant Vierge donne un descendant Poissons, et beaucoup trouvent cet axe plus juste que leur signe solaire.
Superposer deux thèmes complets porte aussi un nom, la synastrie. Les oppositions entre les deux dessins se rencontrent autant chez les couples qui ont fêté leurs trente ans que chez ceux qui se sont quittés au bout de deux. L'angle signale qu'un sujet compte pour les deux personnes, jamais ce qu'elles en ont fait.
Pris tout seul, un couple de signes opposés n'annonce rien. Les recherches menées sur de grands fichiers de mariages n'ont fait ressortir aucun motif lié aux signes solaires, et tout système qui range l'humanité en douze cases tombe juste assez souvent pour paraître fiable. Il s'agit d'un héritage d'interprétation, une manière pour des gens de mettre des mots sur leur vie, et non d'un procédé de prévision qui aurait été vérifié.
L'axe fournit en revanche une bonne question. Quand une dispute revient toujours sous la même forme, cherche le besoin unique dont chacun défend une moitié : sortir voir du monde contre rester au calme, mettre de côté contre profiter maintenant. La conversation change de nature dès l'instant où elle porte sur un besoin partagé et non sur un coupable. Le zodiaque n'a pas découvert ce mécanisme, il en a nommé six versions et les a rangées en cercle.


