Quatre familles se partagent les douze signes, trois signes chacune, et cette étiquette unique dit déjà l'essentiel de ce que les membres d'un même groupe ont en commun.
Les douze signes du zodiaque se rangent en quatre familles de trois, appelées les éléments. Le Feu regroupe le Bélier, le Lion et le Sagittaire. La Terre rassemble le Taureau, la Vierge et le Capricorne. L'Air couvre les Gémeaux, la Balance et le Verseau. L'Eau réunit le Cancer, le Scorpion et les Poissons. C'est l'indication la plus large que l'on donne sur un signe, et c'est par elle que commencent presque toutes les fiches.
Le classement n'a rien d'arbitraire. Place les signes en cercle dans l'ordre du calendrier, du Bélier aux Poissons, et retiens un signe sur quatre : les trois obtenus se trouvent à 120 degrés les uns des autres et dessinent un triangle équilatéral. Ces trois-là partagent un élément. Le mot ancien pour un tel groupe est triplicité, qui ne signifie rien de plus qu'ensemble de trois.
Deux conséquences suivent. Un signe n'est jamais de la même famille que ses voisins de calendrier, donc celui qui te précède et celui qui te suit relèvent forcément d'autres éléments. Et la série tourne sans coupure sur toute la roue : Feu, Terre, Air, Eau, puis on recommence, trois tours pour boucler les douze.
Ces quatre noms ne sortent pas de l'astrologie. Empédocle, au cinquième siècle avant notre ère, avance que toute matière naît du mélange de quatre racines, le feu, la terre, l'air et l'eau. Aristote reprend l'idée et la met en système, la médecine ancienne y accroche ses humeurs, et le modèle sert de physique pendant près de deux mille ans avant que la chimie le range au musée.
L'astrologie a gardé les mots pour un tout autre usage, trier des tempéraments. Rien n'y est à prendre au pied de la lettre. Un signe de Feu n'est pas plus chaud qu'un autre et un signe d'Eau ne craint pas la pluie. Ce sont des catégories de description, à l'intérieur d'une longue tradition d'interprétation, et elles ne mesurent aucune propriété réelle de la personne.
Le Feu décrit une énergie tournée vers l'extérieur. On lui prête l'initiative, une confiance qui ne demande pas d'autorisation, le goût du mouvement même quand le plan n'est pas prêt. Les fiches de signes parlent d'enthousiasme communicatif et de franchise sans détour. Une fiche honnête ajoute le prix à payer : l'élan s'épuise en public, la vivacité passe pour de l'impatience, et l'intérêt retombe souvent au moment où il ne reste plus que la finition.
La Terre s'intéresse à ce qui dure et à ce qui se touche, le travail fait, l'argent, le corps, le calendrier tenu. Ces trois signes jugent une idée à ce qu'il en restera dans six mois, et ils accordent leur confiance à la régularité plutôt qu'aux belles annonces. Le revers est connu : une obstination qui continue après que les faits ont changé, et la tentation de traiter la partie pratique d'un problème en espérant que le reste suivra tout seul.
L'Air tient à la distance nécessaire pour réfléchir. La tradition lui attribue les mots, la comparaison, la curiosité pour la façon dont les autres fonctionnent, et une aptitude presque automatique à formuler l'argument d'en face, y compris contre son propre camp. Le défaut est ce même trait vu de l'autre côté. La distance ressemble à de la froideur quand on attendait de la chaleur, et une décision peut être reprise si souvent que l'analyse finit par tenir lieu d'action.
L'Eau parle du ressenti et de la mémoire. Ces signes repèrent l'ambiance d'une pièce avant qu'on leur explique quoi que ce soit, retiennent le ton d'une conversation bien mieux que son contenu, et répondent à ce qui se joue en dessous. Comme rien ne règle l'intensité de cette perception, la lecture traditionnelle y ajoute les humeurs des autres portées comme les siennes, les vieilles histoires gardées longtemps, et l'essentiel suggéré au lieu d'être dit.
Une fiche de signe ne décrit qu'une chose, la position du Soleil le jour de ton anniversaire. Un thème astral, autrement dit la carte du ciel calculée pour ta date, ton heure et ton lieu de naissance, place aussi la Lune, l'ascendant (le signe qui pointait alors à l'horizon est) et chaque planète dans un signe. On peut donc faire les comptes, et ce sont ces comptes que les gens désignent en disant qu'une personne a beaucoup de Feu, ou pas de Terre du tout.
Une famille surreprésentée se repère vite, le tempérament penche du même côté et tout le monde remarque la même qualité. Une famille vide est présentée comme un registre que l'on néglige chez soi et que l'on trouve fascinant chez les autres. Ces deux lectures se prennent avec prudence. Une dizaine de positions triées dans quatre cases reste un instrument grossier, et cet instrument reste muet sur la manière de s'y prendre, qui relève de l'autre découpage du zodiaque, celui qui range les signes selon qu'ils commencent, prolongent ou achèvent une saison.
De ce classement vient la règle d'affinité la plus répandue : deux signes de la même famille se comprennent vite, le Feu s'accorde à l'Air, la Terre s'accorde à l'Eau. L'image derrière est transparente, l'air entretient une flamme et l'eau rend une terre cultivable. Comme première indication de rythme et de température entre deux personnes, ce n'est pas absurde.
Cela ne constitue pas une réponse sur ces deux personnes-là, qui demanderait de comparer deux cartes complètes et non deux étiquettes, et aucun tableau de ce genre n'annonce ce que deviendra une relation. Bien employé, l'élément explique pourquoi deux individus qui veulent exactement la même chose s'y prennent de deux façons qui semblent inconciliables vues du dehors. Mal employé, il sert d'excuse pour cesser de regarder quelqu'un une fois qu'on l'a rangé dans une case.


