L'histoire d'Ophiuchus, le Serpentaire, revient tous les deux ou trois ans. Voici d'où elle sort, ce qu'elle a d'exact, et pourquoi ton signe ne bouge pas.
Non. Le zodiaque qui sert à écrire les horoscopes compte douze signes et ne dispose d'aucun moyen d'en accueillir un treizième, parce qu'un signe n'est pas un dessin d'étoiles mais une tranche de trente degrés découpée dans un cercle. Ophiuchus, que le français appelle le Serpentaire, existe pourtant bel et bien : c'est une vaste constellation, et le Soleil passe devant elle chaque année pendant deux semaines et demie environ. La question relève donc d'une définition, pas d'une découverte.
L'astrologie occidentale travaille sur un anneau divisé en douze portions égales de trente degrés chacune. Le point de départ de cet anneau n'est pas une étoile mais une date : l'équinoxe de mars, l'instant où le Soleil, dans sa remontée vers le nord, franchit la ligne que l'équateur terrestre dessine dans le ciel. Ce point porte le nom de premier degré du Bélier, et les onze autres signes se succèdent ensuite à intervalles rigoureusement identiques jusqu'à refermer le tour.
Ce système s'appelle le zodiaque tropical, d'un mot grec qui veut dire retournement, parce qu'il repose sur les moments de bascule de l'année, les équinoxes et les solstices. Demande-lui où finit le Bélier, il te répondra par un angle compté depuis l'équinoxe, jamais par un nom d'étoile. Il ne consulte aucune carte du ciel, donc aucune carte du ciel ne peut le corriger. Ajouter une constellation sur le trajet du Soleil ne change pas ce découpage, pas plus que la découverte d'une île ne modifie le nombre de degrés d'une boussole.
Il représente un homme qui tient un serpent, et les auteurs grecs y voyaient Asclépios, le médecin de la mythologie à qui l'on prêtait le pouvoir de ramener les morts. Il occupe une large surface entre le Scorpion et le Sagittaire, et l'écliptique, autrement dit la ligne que le Soleil semble suivre dans le ciel au fil de l'année, en effleure la partie basse.
Sa présence dans les journaux vient d'un travail de classement. En 1930, l'Union astronomique internationale a validé des frontières officielles pour les 88 constellations, un tracé dessiné par l'astronome belge Eugène Delporte. Des semis d'étoiles aux contours flottants sont ainsi devenus des zones de ciel aux limites nettes, un peu comme des départements sur une carte. Une fois ces traits posés, compter les zones traversées par l'écliptique devient possible, et le total tombe à treize. Le Serpentaire est celle qui dépasse.
Le Soleil passe devant ces étoiles de la toute fin novembre au milieu de décembre. L'observation est exacte, et elle ne dit rien sur les horoscopes, qui ne se règlent pas sur les étoiles.
Sous la polémique se cache un phénomène bien réel. L'axe autour duquel la Terre tourne sur elle-même n'est pas fixe : il décrit lentement un cône, comme celui d'une toupie qui ralentit, en un peu moins de 26 000 ans. Pendant ce mouvement, le point de l'équinoxe se déplace dans le fond d'étoiles d'à peu près un degré tous les soixante-douze ans. Sur les quelque deux mille ans écoulés depuis que les noms de signes ont été calés sur le rythme des saisons, cela finit par représenter la largeur d'un signe entier.
Le gros titre contient donc une part de vérité. Quand un horoscope place le Soleil en Bélier, le Soleil se tient devant les étoiles des Poissons. Rien de neuf là-dedans : Hipparque a décrit ce déplacement au deuxième siècle avant notre ère, et ceux qui ont mis au point le zodiaque tropical le savaient déjà.
Il existe d'ailleurs une astrologie réglée sur le fond stellaire, le zodiaque sidéral, employé notamment par la tradition indienne appelée jyotish. Elle compte ses degrés depuis un repère fixe pris parmi les étoiles au lieu de l'équinoxe, et ses signes se situent aujourd'hui à environ vingt-quatre degrés de ceux de l'astrologie occidentale, de quoi décaler la plupart des thèmes d'une case. Voilà le détail que les articles laissent de côté : ce système découpe lui aussi son anneau en douze parts égales de trente degrés, et le Serpentaire n'y a pas davantage sa place.
Imaginons que quelqu'un veuille tout de même bâtir un zodiaque sur les frontières de 1930. Le résultat serait impraticable, pour des raisons qui ne dépendent d'aucune croyance.
Les dates qui circulent pour Ophiuchus se logent en entier dans la période du Sagittaire. Une personne reclassée par ce genre d'article était Sagittaire avant et l'est restée depuis. Aucune position n'a été recalculée dans son thème, et aucun organisme astrologique n'a publié la moindre révision.
L'affaire ressort tous les quelques ans, en général quand une page pédagogique d'astronomie est reprise comme si une agence spatiale venait d'auditer les rubriques horoscope des journaux. Ces agences ne pratiquent pas l'astrologie et le précisent le plus souvent noir sur blanc. Ce que l'on présente comme une nouveauté est le rappel d'un point réglé dans l'Antiquité : les signes partagent des noms avec les constellations, et ils ont cessé de partager leurs positions il y a bien longtemps.
La question est mal posée. Demander si ce sont les signes ou les constellations qui sont les vrais revient à demander si le mois du calendrier ou le mois lunaire est le vrai mois. Les deux sont définis et répondent à des besoins différents. L'astrologie occidentale est un cadre saisonnier qui porte des noms d'étoiles, l'astrologie indienne est un cadre stellaire, et les frontières de constellations forment un outil de rangement pour astronomes. On met simplement trois façons de mesurer face à face comme si une seule pouvait rester debout.
Cela ne rend pas pour autant les portraits de signes vérifiés. Ce sont des significations transmises, enrichies par des siècles de lecture et d'écriture, jamais mises à l'épreuve, et c'est ainsi qu'il faut les prendre. Mais si tu craignais qu'une treizième case ait annulé la fiche que tu lis depuis des années, elle ne l'a pas fait : ce cadre comptait déjà douze parts avant que la première frontière de constellation soit tracée.


