Une carte, trois cartes ou une croix de cinq : ces trois dispositions suffisent à traiter presque toutes les questions que l'on apporte à un jeu de tarot.
Un tirage de tarot est la figure dans laquelle on pose les cartes, et chaque place de cette figure porte une question fixée à l'avance. La même image ne raconte pas du tout la même chose selon qu'elle tombe sur la place réservée à ce qui bloque ou sur celle réservée à ce qui aiderait, si bien que la disposition oriente la lecture autant que le dessin de la carte.
Trois figures suffisent pour commencer et tiennent des années : une carte seule, une ligne de trois, une croix de cinq. Les grandes dispositions à dix ou douze places ajoutent des pièces au même mécanisme sans en changer le principe, et elles s'apprennent bien plus vite une fois ces trois-là en main.
Sors une carte, donne-lui un seul rôle et tiens-t'y. Ce rôle est le plus souvent le climat de la journée qui commence, ou la couleur de ce vers quoi tu t'apprêtes à marcher.
Commencer aussi petit n'est pas une prudence de novice, c'est le meilleur entraînement qui soit. Sans voisine à laquelle la comparer, il faut décrire pour de bon ce que montre le dessin : ce que fait le personnage, s'il regarde devant lui ou derrière, si la scène paraît calme ou encombrée, et ce que tout cela vient dire à ta question. Décrire avant de conclure, c'est tout le métier, et les figures plus vastes permettent justement d'y échapper en filant droit vers une histoire toute faite.
Note la carte, puis ajoute le soir une ligne sur la façon dont la journée s'est passée. Au bout d'un mois, tu disposeras de significations personnelles, formulées dans tes propres mots, qui te serviront bien mieux qu'une liste recopiée d'un manuel.
Trois cartes côte à côte, distribuées de gauche à droite. L'étiquetage le plus connu, passé, présent, avenir, est aussi le plus faible : il pousse à traiter la dernière carte comme un bulletin sur ce qui va arriver, alors qu'elle décrit tout au plus une tendance.
Des libellés plus solides pour ces trois mêmes places :
Lis les trois comme une seule phrase et non comme trois verdicts séparés. Regarde si deux cartes viennent de la même famille, coupes, deniers, épées ou bâtons, et si les personnages se font face ou se tournent le dos. Une ligne où tout s'agite ne dit pas la même chose qu'une ligne où une figure reste immobile au milieu.
La croix de cinq est la première figure assez large pour une situation embrouillée. Pose une carte au centre, puis une à sa gauche, une à sa droite, une au-dessus et une en dessous.
Le couple à regarder longuement est celui du haut et du bas. Quand ces deux cartes vont dans le même sens, tu sais ce que tu veux et la difficulté est simplement pratique. Quand elles se contredisent, la croix a mis le doigt sur le vrai point dur, et les trois autres cartes deviennent des commentaires autour.
La taille de la disposition se règle sur celle du sujet. Une carte pour une journée ou une humeur. Trois pour un choix précis ou pour un problème qui piétine. Cinq pour une affaire enchevêtrée que tu traînes depuis des semaines sans parvenir à en démêler les fils.
Se tromper de taille abîme la séance dans les deux sens. Une question qui tient en une phrase courte, étalée sur cinq places, produit de la matière là où il n'y en avait pas : tu obtiens cinq lectures possibles d'un détail de mardi et aucune décision au bout. Une histoire de famille vieille de dix ans, elle, ne tient pas dans une seule image du matin, et la carte unique te laissera avec l'impression tenace d'avoir survolé le sujet.
Quelle que soit la taille choisie, ce sont les mêmes gestes qui séparent une séance dont on apprend quelque chose d'une séance qui tourne à vide.
Ce qui se passe, à parler franchement, c'est qu'un hasard te tend une image et qu'une place t'oblige à la relier à ta question. Le lien vient de toi. Personne n'a montré que des cartes soient au courant de ce qui va arriver, et tirer les cartes reste une pratique d'interprétation, transmise depuis des générations, par laquelle des gens réfléchissent à leur vie.
La valeur tient à ce qui remonte pendant ce travail : l'objection que tu ne savais pas avoir, le soulagement ou la résistance qui te prend au moment où une carte se pose, la phrase que tu dis tout haut et que tu entends enfin. Prises comme une façon ordonnée de penser une question, et non comme un rapport sur les événements à venir, ces trois figures te suffiront longtemps.


