Vénus, Mars et les planètes lointaines subissent le même effet de perspective que Mercure, avec des rythmes très différents, et la tradition lit chacune de ces périodes à sa façon.
Toutes les planètes dont l'astrologie se sert rétrogradent, pas seulement Mercure. Rétrograder veut dire qu'un astre observé depuis la Terre paraît s'immobiliser, revenir en arrière devant les étoiles pendant des semaines, puis reprendre sa marche habituelle. Vénus le fait une fois tous les dix-neuf mois environ, Mars une fois tous les deux ans, tandis que Jupiter, Saturne et les trois astres les plus éloignés y passent à peu près une fois par an chacun. Seuls le Soleil et la Lune n'y sont jamais soumis.
La conséquence surprend souvent. Un jour pris au hasard, deux ou trois planètes reculent en même temps. Le ciel entièrement libre de rétrogradation est la situation rare, et il ne dure que quelques journées par an.
Le rythme dépend du rapport entre la vitesse de la planète et la nôtre. Plus un astre est éloigné, plus il avance lentement, et plus la Terre le double souvent et longuement.
Additionne ces durées et la hiérarchie s'inverse : les astres les plus lents passent le plus clair de leur temps en arrière, alors que le recul de Mercure, le seul dont tout le monde parle, ne dure qu'une vingtaine de jours.
Aucune planète ne freine ni ne repart dans l'autre sens. Chacune poursuit sa course autour du Soleil dans la même direction, et le recul que nous croyons voir vient de l'endroit d'où nous regardons, une Terre lancée elle-même à trente kilomètres par seconde.
Pour tout ce qui circule au-delà de notre orbite, de Mars à Pluton, l'effet naît d'un dépassement, et c'est nous qui dépassons. Sur l'autoroute, la voiture que tu doubles semble glisser vers l'arrière par rapport à la rangée d'arbres du fond, alors qu'elle n'a pas ralenti d'un kilomètre-heure. Remplace les arbres par les constellations et tu tiens la scène.
Un détail ruine au passage l'image d'un astre affaibli. Une planète extérieure arrive au milieu de son recul juste quand la Terre passe entre elle et le Soleil, donc quand elle est au plus près de nous. Les astronomes appellent cette configuration une opposition, parce que la planète se lève à l'heure où le Soleil se couche. C'est la nuit de l'année où elle brille le plus.
Vénus produit le même effet à l'envers, puisque son orbite est plus petite que la nôtre. C'est elle qui nous double, en se glissant entre le Soleil et nous. Une Vénus qui recule est donc une Vénus toute proche, réduite dans une lunette à un mince croissant.
Ces boucles à l'envers ont longtemps embarrassé le modèle qui plaçait la Terre au centre du monde. Elles se sont expliquées toutes seules dès que le Soleil a été mis au milieu.
Les durées ci-dessus suffisent à démonter une idée reçue. Si rétrograder était un danger, Pluton serait dangereuse plus du tiers de chaque année, pour l'humanité entière et en même temps. Aucun système de lecture ne survit à un avertissement qui vaut presque toujours, parce qu'un signal permanent n'apprend rien à personne.
Ceux qui intègrent les astres lointains à leur lecture en tiennent compte. Pour Uranus, Neptune et Pluton, le recul est traité comme une météo de fond, et il n'est retenu que si la planète s'arrête sur un point sensible du thème astral de quelqu'un, le relevé du ciel dressé pour son jour, son heure et sa ville de naissance. L'essentiel du travail revient donc aux astres proches, Mercure, Vénus et Mars.
Aucune de ces lectures ne repose sur une mesure. Ce sont des associations héritées, à prendre comme des sujets de réflexion et non comme l'annonce d'événements datés.
Vénus. Rattachée à l'affection, à l'argent et au goût, elle donne une période lue comme un réexamen de ce à quoi tu tiens. Les images les plus connues : la personne du passé qui refait surface, l'achat regretté huit jours plus tard. Le conseil habituel consiste à repousser ce qui est décoratif et difficile à défaire : coupe de cheveux radicale, gros travaux, mariage fixé à la hâte.
Mars. Planète de l'élan et de la force, elle ouvre une période où l'effort refuserait de prendre de la vitesse : le chantier qui piétine, la dispute qui tourne sans jamais conclure, la colère avalée au lieu d'être dépensée. Comme il ne revient que tous les deux ans et dure des mois, ce recul passe pour le moins commode quand il s'agit de lancer quelque chose.
Jupiter. Ce que cette planète est censée faire grandir se tourne vers le dedans. La période se lit comme un temps pour réexaminer ses convictions et se demander si ce que tu développes mérite de grossir encore.
Saturne. Sa période passe pour un inventaire : les engagements pris, la discipline tenue, les arrangements qui font tenir une vie debout. Saturne en marche normale est décrite comme une pression venue du dehors, Saturne à reculons comme celle que l'on s'inflige soi-même.
Chaque période s'ouvre et se referme sur une station, c'est-à-dire les jours pendant lesquels la planète paraît figée devant les étoiles, au moment où son sens apparent bascule. Plus l'astre est éloigné, plus ce virage traîne. Le tour complet du ciel se divise en trois cent soixante degrés, et une planète lointaine peut rester posée sur le même degré une semaine entière.
D'où une façon d'utiliser un calendrier sans se raconter d'histoires. Note l'ouverture et la fermeture, rappelle-toi le domaine attaché à la planète, et garde la lecture assez lâche pour qu'une mauvaise semaine ordinaire ne s'y range pas comme une preuve.
Puisque les astres lointains passent des mois par an en arrière, naître pendant que plusieurs d'entre eux reculaient n'a rien de remarquable. La plupart des thèmes astraux en comptent trois ou quatre.
La lecture traditionnelle porte alors sur la planète qui reculait le jour de ta naissance, et non sur celle qui recule cette semaine. Sa fonction serait tournée vers l'intérieur. Un Mars de ce genre se décrit comme une colère qui passe sous terre, une Vénus comme une tendresse exprimée de travers ou trop tard. Les praticiens précisent en général que la fonction mûrit tard, pas mal.
La réserve honnête vaut pour toute position partagée par des millions de gens : ce qui est vrai de presque tous ceux nés la même année que toi ne dit pas grand-chose de toi. Le mouvement, lui, est réel et se calcule à la minute des siècles à l'avance. Ce qu'il signifie relève d'une tradition d'interprétation et de rien qui ait été mesuré.


