De Mercure à Pluton, une phrase de sens pour chaque corps, et la vitesse qui explique pourquoi les plus rapides reviennent sans cesse dans les horoscopes.
L'astrologie appelle planètes dix corps du ciel : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Chacun tient lieu d'une fonction, envie, parole, colère, prudence, et le signe qu'il occupait au moment d'une naissance se lit comme la façon dont cette fonction s'exerce. Ce qui ordonne la liste n'est ni la taille ni la distance : c'est le tempo. Plus un corps file vite, plus sa position te sépare des gens nés la même année que toi.
Cinq corps changent de décor en jours ou en semaines, assez vite pour distinguer deux personnes nées la même saison. On les qualifie de personnels pour cette raison.
Deux personnes nées à quinze jours d'écart partagent leur signe solaire et ne se ressemblent parfois sur rien d'autre dans ce groupe. L'essentiel des différences entre deux cartes vient de là.
Ces deux-là occupent l'étage intermédiaire et marquent des étapes de parcours plutôt qu'une humeur passagère ou une classe d'âge.
Jupiter boucle son tour en une douzaine d'années, soit à peu près un an par signe, et retrouve sa place de départ vers douze ans, puis vingt-quatre, trente-six, quarante-huit. La tradition y lit l'expansion : là où tu es large, là où tu en fais trop, là où tu paries que les choses finiront par s'arranger. La même position se voit créditée de chance et accusée d'excès, ce qui décrit souvent un seul comportement observé de deux distances.
Saturne réclame près de vingt-neuf ans pour le même trajet, ce qui fait deux ans et demi par signe. Il représente la limite, la charpente et le prix des choses. Son retour au point qu'il occupait à ta naissance survient entre vingt-huit et trente ans, porte le nom de retour de Saturne, et passe pour l'épreuve de vérité des arrangements pris pendant la vingtaine.
Uranus, Neptune et Pluton avancent si lentement que toute ta classe d'école partage leur position.
Une mention comme Neptune en Scorpion désigne donc une tranche de naissances étalée sur quatorze ans, et non quelqu'un en particulier. Ces corps ne redeviennent personnels qu'en tombant tout près d'un point rapide, la place du Soleil par exemple, ou le degré du zodiaque qui montait sur l'horizon oriental à la minute de la naissance, ce que l'on nomme l'ascendant.
Arrivé ici, un lecteur attentif bute sur un détail : le Soleil est une étoile, la Lune un satellite de la Terre, et Pluton a été reversé parmi les planètes naines en 2006. Aucun des trois n'est donc une planète au sens des astronomes. Le mot vient d'un terme grec qui désigne un vagabond, et l'explication est là. Pour qui observe le ciel à l'oeil nu, presque tous les points lumineux gardent leurs distances nuit après nuit, et une petite poignée se promène devant ce décor immobile. Ces baladeurs étaient les planètes, et les deux plus éclatants s'appelaient le Soleil et la Lune. Les astrologues les mettent d'ailleurs à part sous le nom de luminaires, c'est-à-dire les deux lumières.
La vieille liste a été gardée parce qu'elle n'a jamais prétendu classer les objets du système solaire : elle recensait ce qui bouge devant un fond fixe. Les trois lointaines manquaient d'ailleurs complètement aux Anciens, faute d'être visibles sans instrument. Uranus n'a été repéré qu'en 1781, Neptune en 1846 et Pluton en 1930, si bien que toute l'astrologie écrite avant ces dates travaillait avec sept corps seulement.
La formule de travail tient en une ligne : le corps dit quoi, le signe dit comment. Mars, c'est l'acte de pousser. Mars en Balance pousse en négociant, Mars en Bélier pousse en passant devant, et aucune des deux versions n'est la bonne. Une position qualifiée de difficile décrit le plus souvent une fonction qui fait son travail dans un style qui coûte quelque chose.
Deux couches complètent ensuite la lecture, et toutes deux appartiennent à la carte entière plutôt qu'à un corps isolé. Les maisons d'abord : douze parts du ciel que la tradition relie à des terrains de l'existence comme le travail, la famille ou le couple. Les aspects ensuite : les écarts d'angle mesurés entre deux corps sur le cercle, lus comme faciles ou tendus selon leur ouverture. Les premières partent de l'horizon du lieu de naissance et réclament donc l'heure précise ; les seconds se prennent d'un corps au suivant et tiennent debout sans elle.
Ces significations sont un héritage, pas un relevé. Aucune influence connue ne relie la planète Mars à un accès de colère, et les associations se sont formées au long des siècles par la mythologie, par des symboles empruntés ailleurs et par l'habitude, jamais par la vérification. La façon raisonnable de les tenir est d'y voir un vocabulaire : dix rubriques qui découpent un caractère selon des lignes commodes.
Prise ainsi, la liste mérite d'être apprise, car le découpage est fin. Vouloir une chose, courir après, en profiter, l'expliquer : voilà quatre capacités bien distinctes, et la plupart des gens sont nettement meilleurs dans certaines que dans les autres. Là où la tradition va trop loin, c'est en glissant de la description à l'annonce de l'avenir. Un corps installé dans un signe ne te dira pas de quoi le mois prochain sera fait.


