Mercure double la Terre par l'intérieur de son orbite et paraît alors reculer, une vingtaine de jours d'affilée, trois fois dans une année ordinaire.
Mercure ne recule jamais. Elle poursuit son tour du Soleil dans le même sens et à une allure qui varie peu, et pendant une vingtaine de jours d'affilée elle paraît seulement, vue depuis la Terre, glisser à l'envers devant les étoiles. Ce mouvement apparent revient trois fois dans une année ordinaire, parfois quatre, et l'astrologie en fait une parenthèse consacrée à reprendre ce qui existe déjà plutôt qu'à lancer du neuf.
Mercure est la planète la plus proche du Soleil, donc la plus rapide. Son tour complet prend environ quatre-vingt-huit jours quand le nôtre en demande un peu plus de trois cent soixante-cinq, et elle nous rattrape sans cesse. Une fois par cycle, elle se faufile entre le Soleil et nous, et c'est pendant ce passage par le côté proche que le sens de sa course sur le ciel s'inverse.
Un stade d'athlétisme rend la chose évidente. Installe-toi dans les tribunes et suis un coureur qui tourne toujours dans le même sens. Sur la ligne droite d'en face, il va de ta gauche vers ta droite. Quand il arrive sur la ligne droite qui passe sous tes pieds, il traverse ton champ de vision de la droite vers la gauche. Il n'a ni ralenti ni fait volte-face : c'est le côté de la piste qui a changé. Remplace le stade par une orbite, le centre de la pelouse par le Soleil et les gradins par les étoiles, et tu tiens la rétrogradation entière.
Une conséquence mérite d'être dite, parce que peu de textes la formulent. Il ne s'agit pas d'un événement qui arriverait à la planète, mais d'une direction de regard prise depuis un sol lui-même emporté. Place-toi par la pensée au-dessus du système solaire et le recul n'existe plus du tout.
Entre deux épisodes il s'écoule environ cent seize jours, le temps qu'il faut à Mercure pour reprendre un tour d'avance et nous dépasser de nouveau. Trois intervalles de cette longueur tiennent dans une année civile avec un peu de marge, d'où trois périodes le plus souvent, et une quatrième certaines années.
Chaque épisode occupe vingt à vingt-cinq jours. Additionne-les et tu obtiens près d'un cinquième de l'année passé en marche arrière apparente. Ce chiffre déplace la question : la configuration n'a rien d'exceptionnel, elle couvre plus de deux mois sur douze, ce qui laisse beaucoup de mauvaises journées à mettre sur son compte.
Deux dates encadrent chaque épisode et leurs noms reviennent sur toutes les listes. On appelle station le jour où le mouvement apparent bascule, quand la planète semble immobile devant les étoiles avant de repartir dans l'autre sens. Celle qui ouvre la période est la station rétrograde, celle qui la referme est la station directe.
Vient ensuite l'ombre. Au cours d'un même cycle, Mercure survole trois fois la même tranche du zodiaque, cette bande de ciel découpée en douze signes : une fois en avançant, une fois à reculons, une fois en avançant de nouveau. Le premier survol est appelé ombre avant, le dernier ombre après, chacun long de deux semaines environ. Les astrologues y voient l'explication du sentiment que la période démarre plus tôt et se prolonge plus tard que les dates annoncées. Pour un astronome, cette ombre ne désigne rien de particulier, juste un morceau de ciel parcouru plusieurs fois.
Mercure porte le nom du dieu romain chargé de transporter les messages, et la planète a hérité de ce domaine : la parole, l'écrit, les études, les trajets courts, le commerce, les papiers à signer, et par extension tous les appareils qui nous servent aujourd'hui à ces choses. Tourne ces activités vers ce qui est déjà en cours et tu obtiens la liste de conseils habituelle, où presque tous les verbes commencent par re-.
Regarde ce qui manque à cette liste. Rien n'y suppose qu'une planète ait provoqué quoi que ce soit, et chacun de ces gestes garde sa valeur en toute saison. La tradition ajoute une autre marque à ces journées, le retour de gens perdus de vue, une amitié en sommeil, une discussion abandonnée en plein milieu. C'est la partie que les gens reconnaissent le plus volontiers, et aussi celle qui se vérifie le moins.
Aucun mécanisme connu ne relie la position apparente d'une petite planète à un colis égaré ou à un disque dur qui lâche. Rien ne bouge physiquement ici pendant ces jours, ni la pesanteur, ni la lumière reçue, ni quoi que ce soit d'autre qui parviendrait jusqu'à un téléphone ou au tableau d'affichage d'une gare. Les pannes se répartissent sur l'année sans consulter le ciel.
Ce qui varie vraiment, c'est l'attention. Donne un nom et une mauvaise réputation à trois semaines du calendrier, et chacun retient les incidents qui vont avec l'étiquette tout en oubliant les autres. Un train supprimé pendant la période marquée devient une preuve, le même train supprimé en octobre reste un contretemps banal. Ce tri se fait tout seul, sans mauvaise foi, et il suffit à entretenir la réputation.
Une position raisonnable reste donc disponible. Le mouvement apparent est réel, il s'observe, ses dates se posent longtemps d'avance sans marge d'erreur, tandis que son influence sur ta boîte mail n'a jamais été démontrée. Si l'étiquette te pousse à sauvegarder, à vérifier une réservation et à répondre enfin au courrier que tu évites, garde l'habitude, quelle que soit ton opinion sur la cause. Elle devient gênante à un seul endroit, le jour où elle sert de prétexte pour repousser une décision qui devait être prise.


