La part sombre du cycle, quand la Lune se range du côté du Soleil et disparaît, lue par tradition comme un départ plutôt qu'une fin.
À la nouvelle lune, notre satellite vient se placer du même côté du ciel que le Soleil : la face qu'il nous montre ne reçoit plus aucun rayon, et le disque quitte complètement le ciel du soir. Les calendriers lunaires font de ce creux le début d'un tour et non la fin du précédent. Deux choses se superposent donc ici, une position dans l'espace, mesurable et prévisible longtemps à l'avance, et un sens que des générations ont posé dessus.
La Lune ne brille pas d'elle-même : elle renvoie la lumière du Soleil, et ces rayons n'en frappent jamais qu'une moitié à la fois. Ce que nous appelons une phase, c'est la part de cette moitié allumée qui se trouve orientée vers nous. Lorsque la Lune se place à peu près dans la direction du Soleil, le côté éclairé regarde ailleurs et il ne reste rien à observer.
La conséquence surprend souvent : une nouvelle lune se lève à peu près avec le soleil, monte au plus haut vers midi et se couche au crépuscule. Elle occupe donc le ciel pendant les heures de clarté, noyée dans l'éclat solaire, et elle manque aux nuits qui l'encadrent. Ce sont, pour cette raison, les nuits les plus noires du mois. Les astronomes amateurs les guettent, et une pluie d'étoiles filantes qui tombe pendant cette période donne un bien meilleur spectacle que la même pluie sous un disque plein.
Le calcul situe cette rencontre à la minute près : c'est le moment où les deux astres se retrouvent dans la même direction pour un observateur terrestre. Quelques heures plus tard, l'écart est déjà repris. Il n'existe donc pas de période de nouvelle lune au sens strict, seulement un point de bascule, et les almanachs impriment son heure comme celle d'un train.
Cette minute est la même pour la planète entière, mais chaque pays la note sur son horloge, et le jour affiché change donc d'un fuseau à l'autre. Une nouvelle lune calculée à 8 heures du matin à Paris est datée de la veille au soir à Papeete, où l'heure locale accuse douze heures de retard en été. Quand deux tableaux se contredisent d'une journée, la raison est presque toujours celle-là, et il suffit de vérifier le fuseau retenu.
Trois corps rangés sur une même ligne, cela ressemble à la définition d'une éclipse de Soleil, et pourtant la plupart des mois ne donnent rien. Le chemin que la Lune suit autour de nous ne se confond pas avec le plan de notre course annuelle : il bascule de cinq degrés environ. Vue du sol, la Lune franchit donc le voisinage du Soleil en le manquant, tantôt plus haut, tantôt plus bas, au lieu de le recouvrir. Les rares fois où le rendez-vous tombe pile, cette nouvelle lune devient une éclipse de Soleil.
Un à trois jours après l'instant calculé, un trait de lumière très mince réapparaît au ras de l'horizon ouest, juste après le coucher du soleil, et plonge à son tour au bout de quelques dizaines de minutes. On devine parfois le reste du disque en gris pâle à l'intérieur. Cette faible clarté porte un nom, la lumière cendrée, et vient du Soleil, dont les rayons ont d'abord rebondi sur la Terre avant d'aller effleurer la Lune.
Le langage courant appelle volontiers ce croissant une nouvelle lune, alors qu'il la suit. La distinction a des effets bien réels : le calendrier musulman ouvre le mois à la première observation du croissant et non à l'heure du calcul, si bien que le début du ramadan peut tomber un ou deux jours après la date astronomique et différer d'un pays à l'autre.
Au moment de l'alignement, les deux astres se tiennent au même point du zodiaque, le cercle de douze secteurs que l'astrologie découpe le long de la course apparente du Soleil sur une année. Chaque nouvelle lune se produit donc dans un seul signe, celui où le Soleil se trouve alors : Taureau à la mi-mai, Scorpion à la fin octobre, et ainsi de suite jusqu'à faire le tour de la roue.
Il s'écoule environ 29,5 jours entre deux alignements, ce qui en donne douze ou treize par année civile. Comme cette durée reste un peu plus courte que le séjour du Soleil dans un secteur, il arrive que deux d'entre elles atterrissent dans le même signe, et un autre signe se retrouve alors sans la sienne. Les dates ne reviennent jamais au même endroit du calendrier : douze cycles restent onze jours en deçà d'une année complète, ce qui décale chaque rendez-vous un peu plus tôt à chaque tour.
La lecture du commencement a une origine très terre à terre. Avant l'imprimerie, la Lune servait d'horloge commune et le retour du croissant ouvrait un nouveau décompte des jours, celui sur lequel on réglait les semailles comme les déplacements. De là vient le vocabulaire attaché à cette phase : la graine, le premier pas, le travail que l'on garde encore pour soi. La tradition range les résultats du côté du disque plein et laisse à ce creux la part que personne n'a vue.
Rien de tout cela n'agit sur ta semaine, et un projet lancé un mardi ordinaire ne part pas perdant. Ce que la date apporte vraiment, c'est une échéance qui revient sans qu'on la programme. Les usages les plus répandus tiennent en quelques gestes :
Le bénéfice, quand il existe, vient de l'habitude du bilan et non du ciel. C'est déjà quelque chose : un rendez-vous que personne n'a besoin de fixer et qui ne saute jamais.


